Combien de temps faut-il attendre pour recevoir un organe ?

Auteur·rice

Swisstransplant

Date de publication

8 juillet 2026

Modifié

9 juillet 2026

NoteL’essentiel en bref
  • En Suisse, le temps d’attente médian pour une greffe de rein chez une personne inscrite sur la liste d’attente entre 2016 et 2026 était d’un peu moins de 3 ans. Pour les autres organes, les temps d’attente étaient plus courts et se situaient entre 0.6 et 1.6 année.

  • La liste d’attente pour les greffes cardiaques affiche la tendance la plus favorable, ce qui s’explique principalement par les systèmes de perfusion modernes, qui augmentent considérablement la disponibilité des cœurs de donneurs.

  • De nombreux facteurs peuvent influencer le temps d’attente pour un organe, tels que la disponibilité des organes, l’urgence médicale ou le groupe sanguin.

Swisstransplant suit l’évolution de la liste d’attente nationale pour les organes provenant de donneurs décédés et calcule les temps d’attente jusqu’à la transplantation. Cependant, chaque patient est différent. Le délai d’attente individuel peut être nettement plus court ou plus long. Il dépend de la disponibilité des organes, de l’urgence médicale, du groupe sanguin et, selon l’organe, d’autres facteurs tels que l’âge ou le poids. Les temps d’attente des personnes récemment inscrites sur la liste peuvent être plus courts, car les processus de don et d’attribution sont optimisés en permanence.

AstucePériode d’observation

Les temps d’attente indiqués ici sont calculés à partir des données relatives à toutes les personnes nouvellement inscrites en Suisse entre le 1er juillet 2016 et le 30 juin 2026.

1. Probabilité de la transplantation

La probabilité d’une transplantation peut être représentée sous forme de courbe en fonction du temps (fig. 1). La courbe part d’une probabilité de 0 au moment de l’inscription sur la liste d’attente et augmente au fur et à mesure que le temps d’attente s’écoule, sans toutefois atteindre la valeur 1, car toutes les personnes ne bénéficient pas d’une transplantation. La courbe permet de dégager certaines valeurs, par exemple la probabilité d’être transplanté dans un délai d’un an, ou le temps d’attente au terme duquel la probabilité d’une transplantation est de 50 % (temps d’attente médian). Dans l’ensemble, les chances d’obtenir un organe sont bonnes, car la probabilité est supérieure à 70 % pour la quasi-totalité des organes. Les temps d’attente individuels peuvent toutefois varier considérablement.

Figure 1: Courbes d’incidence cumulée de l’événement transplantation pour les différents organes A–E (avec intervalle de confiance à 95 %). Les courbes indiquent la probabilité qu’une personne soit transplantée dans un certain délai après son inscription sur la liste d’attente. La croix marque le temps d’attente médian jusqu’à la transplantation, c’est-à-dire le temps d’attente après lequel la probabilité d’une transplantation est de 50 %.

2. Temps d’attente médian jusqu’à la transplantation (MTT)

La valeur médiane du temps d’attente jusqu’à la transplantation (MTT) peut être lue à partir des courbes précédentes (tab. 1). Elle correspond au temps d’attente jusqu’auquel la moitié des personnes ont reçu un organe et prend en compte toutes les personnes inscrites sur la liste, pas seulement celles qui ont bénéficié d’une transplantation. Pour de nombreux organes, le temps d’attente est désormais inférieur à la valeur MTT indiquée, car nous observons une augmentation du taux de transplantation.

Table 1: Temps d’attente médian jusqu’à la transplantation (MTT) et intervalle de confiance (IC) à 95 % pour toutes les personnes nouvellement inscrites 2016–2026.
MTT en années IC de 95 %
Cœur 0.80 0.60–0.94
Poumon 0.57 0.32–0.88
Foie 1.38 0.95–1.60
Rein 2.81 2.41–3.23
Pancréas/îlots de Langerhans 1.55 0.92–1.86

3. Évolution du temps d’attente au fil du temps

Pour évaluer l’évolution dans le temps du délai d’attente, on se base sur le taux de transplantation (taux de risque instantané, voir encadré) (fig. 2). Celui-ci fait apparaître des tendances différentes selon les organes : pour le cœur, les poumons, les reins et le pancréas/les îlots pancréatiques, on observe une augmentation du taux de transplantation ; en ce qui concerne le foie, on a constaté une baisse ces dernières années, qui semble désormais se stabiliser.

Figure 2: Évolution du taux de transplantation au cours des dernières années (avec un intervalle de confiance à 95 %). On observe une augmentation du taux de transplantation pour le cœur, les poumons, les reins et le pancréas/les îlots pancréatiques, ce qui a un effet positif sur les temps d’attente.
NoteQu’est-ce qu’un taux de risque instantané ?

Dans les statistiques médicales, le taux de risque instantané décrit le taux auquel un événement tel qu’une transplantation survient dans un court intervalle de temps, à condition qu’il ne se soit pas encore produit jusqu’à ce moment-là. Le taux de risque instantané peut être compris comme l’intensité instantanée de l’événement.

Le taux de risque instantané n’est pas une probabilité, mais un taux qui indique la fréquence à laquelle l’événement est attendu par unité de temps, un peu comme lorsque l’on observe la vitesse d’une voiture. Il s’agit donc de la vitesse à laquelle quelque chose se produit à un moment donné. Si nous considérons les patients en attente d’une transplantation cardiaque, le taux de risque instantané décrit la fréquence à laquelle une personne reçoit un organe de donneur à ce moment précis, à condition qu’elle soit toujours en attente.

4. Probabilité des différents événements

La transplantation est l’événement le plus fréquent, mais il peut également arriver que des personnes inscrites sur la liste d’attente décèdent ou soient retirées de la liste (delisting). Pour ces trois événements, il est possible de créer des courbes à partir desquelles les probabilités peuvent être lues. Tab. 2 à 6 indiquent les valeurs pour les 5 premières années suivant l’inscription sur la liste.

Liste d’attente cardiaque

Table 2: Probabilités d’événements sur la liste d’attente cardiaque. La probabilité d’être transplanté au cours de la première année est de 56 %, tandis que le risque de décès est de 8 %.
1 an 2 ans 3 ans 4 ans 5 ans
Transplantation 0.56 0.67 0.73 0.77 0.77
Décès 0.08 0.11 0.12 0.12 0.12
Delisting 0.03 0.05 0.06 0.08 0.08
Attendre 0.33 0.17 0.10 0.04 0.03

Liste d’attente pulmonaire

Table 3: Probabilités d’événements sur la liste d’attente pulmonaire.
1 an 2 ans 3 ans 4 ans 5 ans
Transplantation 0.64 0.80 0.85 0.86 0.86
Décès 0.06 0.07 0.08 0.08 0.08
Delisting 0.03 0.04 0.05 0.05 0.06
Attendre 0.27 0.08 0.02 0.01 0.00

Liste d’attente hépatique

Table 4: Probabilités d’événements sur la liste d’attente hépatique.
1 an 2 ans 3 ans 4 ans 5 ans
Transplantation 0.39 0.61 0.66 0.67 0.67
Décès 0.11 0.14 0.16 0.16 0.17
Delisting 0.04 0.09 0.11 0.12 0.13
Attendre 0.45 0.17 0.08 0.04 0.03

Liste d’attente rénale

Table 5: Probabilités d’événements sur la liste d’attente rénale.
1 an 2 ans 3 ans 4 ans 5 ans
Transplantation 0.23 0.38 0.52 0.62 0.71
Décès 0.01 0.03 0.05 0.05 0.06
Delisting 0.01 0.03 0.05 0.06 0.07
Attendre 0.74 0.55 0.38 0.27 0.15

Liste d’attente pancréatique et d’îlots de Langerhans

Table 6: Probabilités d’événements sur la liste d’attente pancréatique et d’îlots de Langerhans.
1 an 2 ans 3 ans 4 ans 5 ans
Transplantation 0.42 0.59 0.68 0.70 0.75
Décès 0.00 0.03 0.04 0.05 0.05
Delisting 0.01 0.04 0.05 0.07 0.11
Attendre 0.56 0.33 0.23 0.18 0.09

5. Taux de transplantation au cours des 12 derniers mois

On peut comparer les taux de transplantation pour différentes dates d’inscription sur la liste d’attente.

Nous déterminons la différence entre les personnes inscrites sur la liste d’attente au début de 2025 et celles inscrites au début de 2026 à l’aide du rapport de risque (voir l’encadré “Qu’est-ce qu’un hazard ratio ?”).

En ce qui concerne le cœur, le taux de transplantation pour les personnes inscrites sur la liste début 2026 a été multiplié par 1,33, ce qui correspond à une augmentation de 33 %. En ce qui concerne les poumons et les reins, on n’observe que de faibles signes d’amélioration, tandis que le taux de transplantation hépatique est resté inchangé. Pour les transplantations pancréatiques et de cellules des îlots pancréatiques, l’incertitude est trop grande, en raison du faible nombre de cas, pour pouvoir tirer des conclusions (tab. 7).

Table 7: Le hazard ratio compare le taux de transplantation sur une période de 12 mois.
Organe Différence Hazard Ratio IC de 95 %
Cœur 2025–2026 1.33 1.12–1.58
Poumon 2025–2026 1.13 0.94–1.36
Foie 2025–2026 0.97 0.85–1.10
Rein 2025–2026 1.10 0.97–1.25
Pancréas/îlots de Langerhans 2025–2026 1.24 0.90–1.71
NoteQu’est-ce qu’un hazard ratio ?

Le hazard ratio est le rapport entre les taux de risque instantané de deux groupes et indique dans quelle mesure le risque d’un événement (par exemple une transplantation) est plus élevé ou plus faible dans un groupe par rapport à l’autre. L’exemple de la vitesse est ici aussi utile : si une voiture roule deux fois plus vite qu’une autre sur un trajet donné, le rapport entre les vitesses est de 2.

Exemple : supposons que le hazard ratio pour les personnes inscrites sur la liste à la mi-2025 soit de 1.5 par rapport à la mi-2024. Cela signifie que leur taux de transplantation est supérieur de 50 % à celui de l’année précédente.

Méthodologie

Swisstransplant analyse régulièrement les données de toutes les personnes nouvellement inscrites sur la liste d’attente. L’analyse porte sur une période d’observation de 10 ans. La période d’observation prise en compte pour cette analyse est indiquée en haut du document (voir l’encadré “Période d’observation”). Pour les résultats présentés dans les chapitres 1, 2 et 4, des modèles à plusieurs stades utilisant l’estimateur d’Aalen-Johansen ont été utilisés. Pour les résultats présentés dans les chapitres 3 et 5, des modèles de risque spécifiques à l’événement ont été ajustés, la date d’inscription sur la liste servant de variable explicative.

Littérature

Schwab S, Elmer A, Sidler D, Straumann L, Stürzinger U, Immer F. Selection bias in reporting of median waiting times in organ transplantation. JAMA Netw Open. 2024;7(9):e2432415. doi:10.1001/jamanetworkopen.2024.32415

FAQ – Foire aux questions

La question de la liste d’attente est complexe. C’est pourquoi nous répondons ici aux questions les plus fréquentes.

Comment interpréter exactement le temps d’attente médian jusqu’à la transplantation (MTT) ?

Le MTT correspond au temps d’attente après lequel la probabilité d’une transplantation est de 50 %. Pour les reins, le MTT est d’un peu moins de 3 ans ; on peut donc supposer qu’après environ 3 ans, 50 personnes sur 100 recevront un rein.

En principe, le MTT est le temps d’attente typique pour une personne dont nous ne savons pratiquement rien, si ce n’est qu’elle a été inscrite sur la liste d’attente pour une transplantation d’organe. Nous ne savons pas s’il s’agit d’un enfant ou d’un adulte, quel est le sexe de la personne, s’il y a une urgence médicale élevée, quel est son groupe sanguin ou si la personne aura un temps d’attente inactif. Tous ces facteurs influencent considérablement le temps d’attente individuel, qui peut donc être nettement plus court ou plus long que le MTT dans la réalité.

Les temps d’attente individuels peuvent-ils également être estimés ?

Une estimation individuelle tenant compte de facteurs tels que le groupe sanguin, l’âge ou le poids sera possible à l’avenir grâce à des modèles améliorés. Les facteurs qui influencent le temps d’attente peuvent varier d’un organe à l’autre.

Quel serait le temps d’attente médian jusqu’à la transplantation (MTT) pour les personnes nouvellement inscrites aujourd’hui ?

C’est une question difficile, car elle nécessite de se projeter dans l’avenir. Nous observons les taux de transplantation au fil du temps et étudions leur évolution. En règle générale, les temps d’attente pour la plupart des organes s’améliorent, c’est-à-dire qu’ils raccourcissent. Swisstransplant s’efforce de mettre au point des méthodes avancées pour pouvoir effectuer de telles estimations à l’avenir.

Pourquoi la liste d’attente et son analyse ne sont-elles pas faciles à comprendre ?

La liste d’attente n’est jamais complète, car de nouvelles personnes s’y ajoutent constamment. Nous connaissons la date d’inscription de chaque personne, mais il n’y a pas de moment où toutes les personnes peuvent être observées de manière définitive. Pour certaines, nous savons quand la transplantation a eu lieu, pour d’autres, nous savons seulement qu’elle n’a pas encore eu lieu à une date donnée. C’est ce qu’on appelle des données censurées à droite. Cela signifie que la date exacte de l’événement (par exemple une transplantation) est encore inconnue pour certaines personnes.

Ces données nécessitent des méthodes biostatistiques spéciales, notamment issues de l’analyse des durées de survie. De plus, il existe des risques dits “concurrents” sur la liste d’attente : lorsqu’une personne est retirée de la liste ou décède, la transplantation ne peut plus avoir lieu. Cet aspect doit également être pris en compte dans l’analyse en utilisant des méthodes avancées d’analyse de la durée de survie avec risques concurrents, qui permettent plusieurs événements possibles.

Pourquoi ne peut-on pas sélectionner toutes les personnes transplantées au cours d’une année donnée et calculer rétrospectivement leur temps d’attente ?

Il serait problématique de sélectionner le groupe de patients en fonction du résultat. Cela ne prendrait en compte que les personnes transplantées, tandis que toutes celles qui attendent encore un organe, qui ont été retirées de la liste ou qui sont décédées seraient exclues. Un tel “biais de sélection” fausserait les résultats, généralement en faveur d’une estimation trop optimiste des temps d’attente.

C’est pourquoi nous ne sélectionnons pas la population étudiée en fonction du résultat ultérieur, mais en fonction de la date d’inscription sur la liste.

Pourquoi le temps d’inactivité est-il ignoré dans le calcul du temps d’attente médian jusqu’à la transplantation (MTT) ?

Les personnes inscrites sur la liste d’attente peuvent devenir temporairement inactives pour des raisons médicales, par exemple en cas d’infection, et ne sont pas transplantées pendant cette période. Si l’on analysait uniquement le temps d’activité, les temps d’attente seraient trop optimistes. De nombreux patients connaissent des phases d’inactivité, et les ignorer reviendrait à faire une hypothèse irréaliste. C’est pourquoi aucune correction n’est apportée pour le temps d’inactivité.